L’Assurance Santé face à de grands défis au Liban

L’entretien a été réalisé par: Al-Bayan Magazine

Les Entreprises Tierces (Third Party Administrator companies, ou TPA) ont été créées pour suivre les dossiers des patients dans les hôpitaux et vérifier la conformité des dépenses mises à la charge du patient, de l’employeur ou de la compagnie d’assurance.

L’idée d’établir une entreprise tierce est née aux États-Unis, où les employeurs prenaient à leur propre charge les frais médicaux et hospitaliers encourus par leurs employés, recourant ainsi à l’auto-assurance. Le concept s’est néanmoins développé pour déployer les services offerts aux compagnies d’assurance et non seulement aux employeurs.

 

Au Liban, suite au premier effondrement de la Caisse de sécurité sociale au début des années 90, les compagnies d’assurance se sont mises à promouvoir l’assurance maladie privée. Avec l’augmentation du nombre d’assurés, elles ont recouru aux entreprises tierces, telle que Nextcare.

 

Nextcare est une companie du groupe Allianz Partners qui bénéficie d’un support logistique et électronique et qui s’est progressivement transformée en une companie régionale opérant au Moyen-Orient et en Afrique, en plus d’autres pays.

 

Quelles raisons empêchent les compagnies d’assurance de régler leurs factures?

 

En ce qui nous concerne, et en tant qu’entreprise de soins de santé opérant dans le contexte de récession monétaire drastique qui frappe le pays, et de défis majeurs quant à la tarification des polices d’assurance selon de multiples prix, il ne nous restait plus beaucoup d’options. Nous avons été amenés à jouer le rôle de médiateur entre la compagnie d’assurance et les hôpitaux. En effet, nous avons pu créer une certaine dynamique qui évite des dépenses supplémentaires aux assurés et parallèlement empêche les hôpitaux d’atteindre le point où ils pourraient ne plus recevoir les patients, surtout qu’avec la montée en flèche du taux du dollar par rapport à la monnaie locale, la valeur de la police est devenue équivalente à 10% de son coût réel. Et par conséquent, en vertu de la loi, notre rôle se limiterait à la gestion des réclamations telles que stipulé dans les termes du document. Or de nombreux hôpitaux ont réagi favorablement et nous nous sommes convenus sur un mécanisme spécifique appliquant au patient un taux variant entre 10 et 15% du coût de la facture de l’hôpital.

 

Dans quelle mesure le marché de l’assurance se contractera-t-il suite à la décision d’encaisser la valeur des polices d’assurance exclusivement en dollars américains et en espèces ?

 

En ce qui concerne les syndicats, le renouvellement des contrats a en effet diminué de 15%. Cependant, malgré la crise économique et le manque de liquidité, on remarque une ruée vers l’achat de polices d’assurance médicale, ceci étant dû à l’incapacité d’une grande fraction de Libanais à payer les factures d’hôpital. Il convient de noter que le segment de clientèle le plus important pour les polices d’assurance est constitué par les personnes qui ont un pouvoir d’achat élevé, et celles-ci continuent à renouveler leur assurance jusqu’à présent malgré la crise monétaire qui a touché tous les citoyens. Finalement, les prix des polices ont en effet diminué de 25 à 30%.

 

Que représente le fait qu’un grand nombre de compagnies d’assurance émettent de plus en plus des polices médicales de troisième classe?

 

Ce pas représente en soi le développement d’une nouvelle catégorie d’assurance qui assure l’accès à la couverture des soins de santé pour les personnes à revenu limité, de même qu’il garantit la continuité des activités des hôpitaux dont les revenus ont diminué à la suite de la cessation des garants du secteur public tels que la Caisse nationale de sécurité sociale et les coopératives de salariés, entre autres. Ceci a eu bien sûr un impact positif sur les compagnies d’assurance, créant une valeur ajoutée.  D’autre part, les conditions économiques que nous vivons et la capacité réduite des citoyens à obtenir une couverture d’assurance devraient entraîner une rétraction du volume du marché de l’assurance qui pourrait atteindre jusqu’à 40%.

 

Sur quels piliers actuariels vous appuyez-vous pour fixer les prix des polices?

 

La tarification des polices se base sur plusieurs facteurs, en plus des études diverses qui sont effectuées parallèlement. La plupart des entreprises peinent à assurer la continuité de leurs activités et la desserte des citoyens, d’où l’importance de trouver des solutions temporaires créatives, jusqu’à ce que les conditions financières se stabilisent et que tout rentre dans l’ordre.

 

 

 

Quels défis confrontez-vous dans votre travail?

 

Les défis sont à la fois financiers et techniques: l’absence d’infrastructure et la migration sans précédent des médecins et des infirmiers a atteint depuis le début de la crise à ce jour un nombre estimé à 3 000 médecins. Il devient crucial de dénoncer cette crise, car elle présage la perte des compétences dans le secteur de santé en particulier. Ce fait nous a fortement motivés à adopter le dollar en espèces afin de préserver ce qui reste de la main-d’œuvre et des cadres humains qualifiés.

 

L’intérêt que porte les compagnies internationales de réassurance pour le Liban est-il le même que par le passé?

 

Nous traitons avec un grand nombre de réassureurs de soins de santé, et malgré le déclin de leur intérêt pour le marché libanais, la gestion correcte des réclamations et le règlement des cotisations en espèces restent des facteurs attrayants. Pour nous, les choses restent bonnes, et nous continuons de coopérer régulièrement avec de nombreux réassureurs étrangers.

 

Quoi de neuf pour 2022?

L’entreprise a récemment remporté plusieurs groupes de syndicats qui incluent un grand nombre d’assurés en plus du renouvellement continu de ses contrats avec de nombreuses entreprises. Nous avons également été en mesure d’atteindre les objectifs que nous nous étions fixés préalablement, ce qui porte le nombre de nos assurés à près de 400 000. Nous prévoyons une bonne année pleine d’opportunités, car il y a un nombre de projets de développement que nous espérons réaliser.